Les hérons en déclin sur le corridor Garonnais

Actualisation des inventaires des héronnières

Les héronnières en Midi-Pyrénées, et plus particulièrement sur le corridor garonnais, ont depuis une quarantaine d’années, subi des fluctuations importantes aux niveaux des localisations, du nombre d’espèces, mais aussi des effectifs par espèce. Une comparaison des effectifs a été effectuée entre les données issues de l’inventaire Natura 2000 en 2007 et les inventaires réalisés en 2016[1]. Douze héronnières ont été inventoriées sur le corridor garonnais dont quelques sites localisés dans la plaine alluviale de la Garonne.

L’installation du Héron cendré (Ardea cinerea) dans la région est très récente, totalement absent jusqu’en 1989, elle est aujourd’hui une espèce commune dans la région. C’est totalement l’inverse pour le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax), où Midi-Pyrénées était l’un des bastions de l’espèce en France et se retrouve à l’heure actuelle en déclin prononcé. Le Héron garde-bœufs (Bulbucu
s ibis)
a quant à lui colonisé la région et la France en 1992, année de l’explosion démographique de l’espèce. L’Aigrette garzette (Egretta garzetta) n’a jamais obtenu de gros effectifs en Midi-Pyrénées, cette espèce est, avec le Héron pourpré (Ardea purpurea), plutôt localisée. Elles bénéficient toutes les deux de la présence des autres espèces de hérons avec lesquelles elles cohabitent.

Une espèce a disparu ou presque de la région, le Blongios nain (Ixobrychus minutus), qui a toujours été très rare mais de nos jours sans aucune preuve de sa nidification.

 

Effectifs en 2007 Effectifs en 2016

Variations des effectifs

Aigrette garzette (Egretta garzetta)

70/90

50/60

– 33 %

Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax)

310

50

– 84 %

Héron cendré (Ardea cinerea)

235

235

0 %

Héron garde-bœufs (Bulbucus ibis)

910

430

– 53 %

Héron pourpré (Ardea purpurea)

65 35

– 46 %

Le constat n’est pas réjouissant sur ces colonies du corridor garonnais : toutes les espèces, sauf le Héron cendré, ont vu leur effectif diminué. Les causes sont diverses, mais le point essentiel est le dérangement et la rareté des zones de quiétude. La fréquentation humaine est de nos jours la menace la plus évidente.

Les hérons comme bio-indicateurs

Parmi les espèces d’oiseaux permettant de « mesurer » la bonne santé écologique des milieux naturels inféodés aux fleuves et rivières, les ardéidés[2] sont des bio-indicateurs intéressants. Ainsi, la présence de colonies de hérons est localement un indicateur de la bonne santé des ripisylves par la présence de zones de tranquillité et de quiétude indispensables pour leur maintien. Ces zones de quiétude sont le plus souvent constituées de ripisylves en bon état de conservation, pourvues de vieux arbres, propices à l’installation des nids et souvent difficilement accessibles.

Les hérons sont aussi suivant leur mode de chasse et de pêche, des indicateurs de la qualité de l’eau des fleuves et rivières par les proies présentes, mais aussi de l’ensemble de la chaine alimentaire. Les proies des hérons sont multiples et varient suivant les espèces, celles-ci vont des poissons, aux amphibiens et même aux insectes notamment par le Héron garde-bœuf ou aux campagnols souvent chassés par le Héron cendré.

La qualité des bois riverains est un élément essentiel du fleuve Garonne, les hérons sont tributaires de leur utilisation et de leur fréquentation.

Réparties de façon homogène sur tout le long du corridor garonnais, de Saint Gaudens en Haute-Garonne à Moissac dans le Tarn et Garonne, ce sont douze héronnières qui sont encore présentes.

Le point sur la situation des héronnières effectuées en 2007 puis en 2016, a permis d’obtenir une base (espèces et effectifs par héronnière) actualisée de référence. Ces colonies devront être suivies régulièrement afin de maintenir une vigilance accrue sur celles-ci, et suivant les résultats, de pouvoir prendre les mesures qui s’imposent pour la préservation de ces espèces.

L’avenir des colonies de hérons dépendra des mesures qui devront être prises pour protéger les colonies de façon concrète. La mise en zone de quiétude avec une réglementation adaptée sur l’ensemble des héronnières est indispensable pour leur maintien  sur le corridor garonnais.

[1] Inventaire réalisé par Nature Midi-Pyrénées et l’AROMP

[2] Famille regroupant les hérons, les aigrettes, les butors, les bihoreaux, les crabiers et les blongios.