Les reptiles du bord de Garonne, légendes et réalités…

Si en région Midi-Pyrénées on compte plus d’une vingtaine d’espèces de reptiles (serpents, lézards et tortues), le cortège de reptiles qui se rencontrent au fil de la Garonne est composé de cinq à six espèces seulement, mais elles sont généralement constantes et on peut les rencontrer depuis la frontière espagnole jusqu’à la partie aval de notre région, sans discontinuité pourvu qu’il existe encore des milieux favorables.

Ces espèces sont le lézard des murailles (Podarcis muralis), le lézard vert occidental (Lacerta bilineata), la couleuvre vipérine (Natrix maura), la couleuvre à collier (Natrix natrix), la couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus) et la tortue « de Floride » (Trachemys scripta), d’origine américaine.

Espèces phares de Garonne

Au long des chemins, des haies, dans les friches, mais même en sous-bois un peu clairiéré, et parfois sur les terrasses caillouteuses et la vase des berges, le lézard des murailles est omniprésent. Ce petit lézard gris, très commun en Midi-Pyrénées, est actif une grande partie de l’année voire au cœur de l’hiver pour peu qu’une journée très ensoleillée et douce se présente. Il est quasi constamment en mouvement, cherchant des petits insectes pour se nourrir ou se chamaillant.

Le lézard vert occidental est une espèce plus discrète, présentant des densités plus faibles que le lézard des murailles. Il a besoin en effet d’un plus grand territoire, mais se rencontre aussi dans une assez grande diversité de milieux dans le lit majeur : haies, lisières, broussailles. Au long de la Garonne, le lézard vert peut être localement abondant. Il faut avoir un regard attentif lorsqu’on veut le photographier ou l’observer, car ses couleurs le cachent parfaitement dans la végétation. De plus, restant immobile, on ne le remarque généralement qu’au moment où il décide de s’enfuir, toujours à vive allure et de façon bruyante, détalant dans les herbes. À noter que les jeunes lézards verts sont de couleur générale marron, et que les femelles peuvent avoir des lignes blanches et des grosses tâches noires sur le dos et les flancs. Seuls les mâles adultes sont d’un vert vif et généralement uniforme, tout en ayant en plus une tête bleutée remarquable au printemps (couleur liée à la période de reproduction).

Omniprésente également dans la vallée de la Garonne, la couleuvre verte et jaune est un serpent spectaculaire à bien des aspects : elle est rapide, peut faire preuve de discrétion ou au contraire d’imprudences (restant alors face à vous voire s’approchant, traversant des chemins, etc.), de grande taille (peut dépasser 1 m), etc. Elle a un régime alimentaire très vaste, se nourrissant de lézards, d’autres serpents, de rongeurs, d’oiseaux… Ce n’est pas une couleuvre appréciant l’eau, mais elle peut parfois être vue nageant quasiment aussi vite qu’elle se déplace à terre !

Malgré tout, si vous avez l’occasion de l’observer, admirez les détails : un corps assez brillant avec ses écailles lisses, noir avec de très nombreux petits points jaunes et une tête avec des stries jaunes. Les jeunes sont beaucoup plus clairs et les points jaunes inexistants sur le corps.

Les trois reptiles précédents n’étaient pas spécialement inféodés aux zones humides ou à l’eau mais les trois suivants le sont par contre plus.

La couleuvre à collier est un serpent de taille moyenne, pouvant atteindre le mètre tout en étant assez robuste. Elle a effectivement un collier jaune derrière la tête, mais il est parfois peu visible chez les gros individus. La couleuvre à collier est présente partout en Midi-Pyrénées, mais présente des densités plus fortes en zones humides et au bord de l’eau : c’est en effet une espèce qui se nourrit quasi exclusivement d’amphibiens (crapaud commun, grenouilles vertes, etc.), parfois de poissons. Elle cherche sa nourriture soit dans l’eau (elle peut faire des apnées jusqu’à une dizaine de minutes) soit à terre, dans les haies, les lisières, débusquant les crapauds dans leurs cachettes et les avalants vivants !

Le serpent le plus emblématique des milieux aquatiques est la couleuvre vipérine. Cette petite espèce présente également bien des particularités : elle ne fait guère plus de 60 cm, généralement moins, ressemble pour les personnes non connaisseuses à ce qu’elles imaginent comme étant une vipère, elle peut rester très longtemps sous l’eau…

Ce serpent a un régime alimentaire très spécialisé, quasiment que des poissons (et quelques amphibiens suivant les disponibilités), qu’elle attrape au fond de l’eau. Avec parfois beaucoup de mal, elle va ressortir de l’eau avec sa proie dans la gueule et ensuite l’avaler la tête la première. Tout comme la couleuvre à collier, la couleuvre vipérine est capable d’avaler des proies d’une taille défiant toutes les proportions : il n’est pas rare d’observer au soleil une couleuvre vipérine se chauffant avec une partie du corps énormément gonflée, preuve d’une proie en digestion. Il arrive exceptionnellement que les couleuvres s’étouffent en ayant essayé d’avaler une proie définitivement trop grosse…

Les enjeux et les problèmes

Beaucoup de serpents sont encore tués par des promeneurs, agriculteurs, etc. en Midi-Pyrénées : rappelez-vous que toutes les espèces de reptiles sont protégées par l’arrêté ministériel du 19 novembre 2007: déranger, blesser ou tuer un reptile est donc totalement illégal.

Bien des pêcheurs, baigneurs, cayakistes, etc. croisent des couleuvres vipérines (et parfois autres serpents) lors de leurs activités dans l’eau. Il arrive souvent que le serpent soit tué, prétextant qu’il s’agit d’une vipère (ou parfois parce qu’elle est considérée comme « concurrente » puisque mangeant du poisson !). Rappelons à tous que même s’il s’agissait d’une vipère, ce geste n’est pas justifiable. Heureusement la couleuvre vipérine n’est globalement pas une espèce menacée (mais elle disparaît localement en raison de l’aménagement déraisonné des berges, de la destruction des habitats et surtout de la disparition de ses proies en cas de pollutions). En bien des points au long de la Garonne, la couleuvre vipérine est même un serpent qui présente des densités fortes, des berges favorables (soleil, abris nombreux) et une richesse en poissons laissent parfois voir une couleuvre tous les 1 m !

Enfin toujours dans l’eau ou sur les berges, la tortue exotique dite « Tortue de Floride » (et parfois d’autres tortues exotiques relâchées !) partage son temps entre se chauffer au soleil (sur une souche, à la surface, sur un caillou) et se nourrir. Cette espèce a été relâchée en grande quantité par toutes les personnes en ayant possédé, ce geste a priori anodin étant en réalité très néfaste pour la biodiversité locale. Aujourd’hui malheureusement les tortues de Floride sont particulièrement nombreuses et se reproduisent, il faut donc les accepter désormais comme des éléments faisant partie de notre faune locale. Néanmoins cet exemple doit servir de leçon, car, hélas, nombreux sont les nouveaux animaux de compagnie vendus dans les animaleries susceptibles un jour de se retrouver dans la nature… Ne relâchez aucune espèce animale ou végétale que vous auriez achetée, dans la nature ! Rapportez-la dans un magasin.

Les actions à mener pour améliorer leur prise en compte

Les actions « actives » en faveur des reptiles sont assez simples à réaliser : conserver des structures de lisières complexes, avec buissons, tas de bois et branchages. Informer sans cesse les usagers du lit majeur sur la législation (espèces protégées, trop d’animaux sont encore tués par peur ou haine), leur raréfaction. Sensibiliser les pêcheurs et associations de pêche sur la couleuvre vipérine, espèce inoffensive et qui a le droit comme eux de capturer des poissons (certaines couleuvres sont tuées parce qu’elles représentent une concurrence).

Le mot de la fin… les reptiles de montagne !

Pour terminer, quelques mots sur la Garonne « montagnarde » et du piémont, de Melles à Saint-Martory.

Les conditions climatiques qui règnent sur ces zones sont légèrement différentes, et le contact du lit majeur avec des flancs de montagne pourrait permettre la présence possible de trois autres reptiles : l’orvet fragile (Anguis fragilis), un lézard sans pattes et donc souvent confondu avec les serpents, le lézard vivipare (Zootoca vivipara louislantzi), un petit lézard exigeant un climat montagnard et souvent des milieux humides, et la vipère aspic (Vipera aspis zinnikeri). Pour l’instant aucune de ces trois espèces n’a été signalée dans le lit majeur de la Garonne.

La vipère aspic n’est pas spécialement une espèce montagnarde, elle se rencontrait aussi jusqu’en plaine toulousaine. Toutefois à l’heure actuelle et de plus en plus, ce serpent fragile semble en forte régression, au point qu’il n’est quasiment plus trouvé dans les plaines. Elle pourrait théoriquement être présente partout au long de la Garonne, dans les friches, fourrés sur les terrasses alluviales sèches. Mais pour l’instant elle n’y a pas été trouvée et l’état de dégradation des habitats ne laisse pas beaucoup d’espoirs pour la retrouver.