Mammifères de Garonne

De l’étage montagnard à la plaine alluviale, le formidable corridor annexé d’une diversité de milieux attire toutes les communautés de mammifères.

Toutes ? Oui toutes, car qu’elles soient considérées semi-aquatiques (Loutre, Ragondin, Desman, Campagnol amphibie, Rat musqué) ou purement terrestres (Renard, Sanglier, Genette, Fouine, Taupe…), toutes les espèces dont l’aire de répartition est présente sur ce corridor y sont liées.

La Garonne fournit aux Mammifères le gîte et le couvert. Il peut s’agir d’espèces inféodées au milieu aquatique comme la loutre (Lutra lutra) ou le ragondin (Myocastor coypus) qui restent dans ou à proximité immédiate de l’eau, mais également d’espèces situées plus en bordure comme le sanglier (Sus scrofa), la genette (Genetta genetta) ou le mulot sylvestre (Apodemus sylvestris) qui vont évoluer dans les boisements riverains et bénéficier des avantages des zones humides pour leurs ressources alimentaires et la disponibilité des gîtes.

La Garonne est aussi une voie de dispersion leur permettant de se déplacer et de rencontrer des congénères établis plus en amont ou plus en aval. Elle est donc liée à l’ensemble de leur cycle biologique.

Espèces phares de Garonne

La Garonne et ses milieux annexes concentrent toutes les espèces de Mammifères présentes dans le secteur concerné. Parmi l’ensemble de ces espèces, certaines ont une valeur patrimoniale parce que rare, emblématique ou simplement méconnue. Tel est le cas du desman des Pyrénées (Galemys pyrenaicus), de la loutre (Lutra lutra) et de la genette (Genetta genetta).

Le Desman réparti sur l’ensemble de la chaîne Pyrénéenne, est présent sur la Garonne uniquement en amont là ou on trouve certaines larves d’invertébrés benthiques.

La Loutre utilise en revanche l’ensemble du fleuve… ou plutôt peut utiliser car elle est en cours de recolonisation. Longtemps piégée pour sa peau, elle a failli disparaître de la région et même de France jusqu’aux premières lois de protection de l’environnement (1976) interdisant du même coup son piégeage. A partir de zones refuges comme les Pyrénées, les populations se sont à nouveau développées le long de la Garonne. Pour le moment, elle n’est donc présente qu’en amont de la confluence Ariège-Garonne, bien que des animaux sédentaires se soient aventurés jusqu’à la ville rose.

Pour ce qui est de la Genette, l’histoire est toute autre. Avec un optimum de préférence pour les milieux fermés, la Genette trouve dans les boisements rivulaires les conditions idéales de son maintien. Originaire de l’Afrique du Nord, sa présence très discrète a longtemps été synonyme de rareté. Bien que sa dynamique de population soit tout aussi discrète, l’espèce est largement répartie sur le couloir garonnais… et utilise quasi systématiquement les affûts de chasse pour signaler sa présence.

Mais n’en déplaise à certains, le Ragondin, même s’il n’a aucune valeur patrimoniale du fait de son caractère exotique (qui tend à l’être de moins en moins), est si bien réparti sur l’axe fluvial qu’il ne pourrait être de visite sur site sans un indice de présence du bien logé !

Les enjeux et les problèmes

La Garonne subit plusieurs types de menaces… toutes liées à l’Homme. En premier lieu, la modification du fleuve qu’elle soit de nature économique ou pour répondre à un besoin de protection, les aménagements n’en sont pas moins ravageurs. Ainsi digues et enrochements, en plus de perturber le flux naturel du fleuve, ne font qu’accélérer le courant. Les gîtes potentiels sont détruits et des secteurs entiers deviennent impropres à l’installation des espèces comme la Loutre qui a besoin de cavités naturelles sous les arbres ou quelques rochers pour aménager sa catiche. En particulier pour cette même espèce, un autre problème sa rajoute, celui des barrages hydroélectriques. Obstacles parfois infranchissables, ils perturbent la libre circulation des animaux, ne pouvant parfois être traversés qu’au niveau de la chaussée, induisant un risque de collision important.

En deuxième lieu, que dire de la qualité de l’eau ? Entre les stations de captage et le risque de mortalité directe, celles des rejets (domestique ou industrielle) et la pollution inhérente, et le lessivage des milieux agricoles et urbains qui entraîne son lot de produits chimiques et de détritus divers, la Garonne se transforme par endroit en un bouillon où il ne fait pas bon mouiller ses poils.

Enfin, des perturbations existent aussi sur les milieux annexes. Les loisirs de plein air comme la chasse peuvent perturber les refuges des animaux déjà restreints comme peau de chagrin. En outre, en bordure de zones agricoles et de zones urbaines, les bestioles n’ont pas vraiment logis sous bois…

Les actions à mener pour améliorer leur prise en compte

Les perturbations induites par la Garonne ont organisé et structuré les différents milieux. Cette dynamique naturelle est propre à générer la vie, à la maintenir, voir la renouveler de manière cyclique. Il convient donc de conserver cette dynamique autour des ripisylves et zones humides qui sont liées à la Garonne et qui permettent à la plupart des mammifères de se maintenir dans des secteurs parfois artificialisés. Le poumon généré par l’axe ne peut être amputé de ses lobes, venez en bordure du fleuve pour vous en apercevoir.