Retour sur une crue exceptionnelle


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Les 18 et 19 juin 2013 resteront deux jours mémorables dans les annales de la Garonne… et inoubliables dans les mémoires des riverains.
Que s’est-il passé ?

Les précipitations ayant largement rempli le niveau des nappes en plaine et des lacs en montagne, et constitué un manteau neigeux qui a atteint des records dans les Pyrénées, les fortes et intenses pluies orageuses des 18 et 19 juin ont été à l’origine d’un débit exceptionnellement élevé.

Alors que la moyenne des débits de Garonne du mois de juin à la station de Valentine dans le Saint Gaudinois est de 51,6 m3/s, ce débit a atteint 676 m3/s ce 18 juin, avec un débit instantané maximum de 970 m3/s (soit les plus importants débits enregistrés depuis la création de la banque de données nationale « banque hydro »1 ).

Ce phénomène est exceptionnel mais naturel : les cours d’eau connaissent en effet au cours d’une année une alternance crue / étiage2 qui constitue une sorte de respiration du fleuve à laquelle les espèces animales et végétales sont adaptées. Ce cycle, qui fait partie du fonctionnement d’un cours d’eau, lui permet de remplir ses nombreuses fonctions comme l’épuration de l’eau, le soutien d’étiage ou encore l’atténuation des crues.

Mais les conséquences de ces crues sont bien évidement dramatiques pour nombres de riverains : torrents d’eaux boueuses qui traversent les maisons et commerces, routes coupées par érosion des berges, champs inondés et cultures détruites, embâcles et accumulation de galets et de déchets à gérer suite à la crue…

Des modifications hydromorphologiques3 importantes

Mais ces crues ont aussi un impact fort sur la morphologie du cours d’eau car elles peuvent modifier localement le tracé et le fonctionnement du fleuve. L’exemple suivant illustre de telles modifications.

En rive droite de Garonne, sur la Commune de Pointis-Inard, est présent un important méandre, suivi de 2 seuils qui alimentent des centrales hydroélectriques, puis sont installées de belles forêts alluviales à l’aval4 de la confluence avec le Ger.

Lors de la crue des 18 et 19 juin, la Garonne est sortie de son lit en plusieurs endroits, empruntant les creux du terrain (chenaux de crue) pour aboutir en amont de la confluence avec le Ger (cf. schéma 1).

Ces débordements à l’amont des seuils (la question de leur rôle dans ces débordements peut être posée ?) et les écoulements en surface ont bien évidement fortement impacté les exploitations inondées et la morphologie du secteur.

Le puissant courant transporte de gros galets, dans les zones de débordement latéral, l’eau se disperse dans les champs, le courant perd de sa force et les galets se déposent.
Ainsi, au niveau des débordements, une accumulation de galets, parfois sur plus d’1 mètre de haut peut être constatée (Photo 4).

Plus impressionnant encore, au niveau de l’arrivée des chenaux de crues dans le Ger qui présentait ici une falaise de quelques mètres, une importante érosion régressive a eu lieu. En chutant de cette petite falaise (Photo 3), les eaux de Garonne ont emporté les éléments de sa base, qui s’est effondrée et à progressivement reculée (Photo 5). Cette érosion régressive a atteint plus de 100 mètres sur environ 40 mètres de large sur le plus grand secteur.

Dans le lit de Garonne, sur des secteurs soumis à l’érosion (à l’extérieur d’un méandre) d’importantes érosions de berges ont entrainé des reculs allant jusqu’à 50 mètres sur certains secteurs exposés.

Modification plus rare : au niveau du Ger, le chenal de crue principal arrivant des terres agricoles a creusé un nouveau chenal dans l’axe de son écoulement. Ce chenal est maintenant occupé par le Ger qui a donc décalé sa confluence avec la Garonne d’environ 150 mètres vers l’aval.

Mais, vu la faible hauteur des matériaux déposés à l’emplacement de l’ancienne confluence du Ger, une crue de celui-ci pourrait de nouveau déplacer son lit.

Schéma 2 : En bleu ciel, le nouveau lit du Ger

Schéma 2 : En bleu ciel, le nouveau lit du Ger

Mais des crues aussi utiles !

L’important transport des galets, cailloux et sables, venant du lit mineur ou des berges érodées, permet le déplacement de ces matériaux vers des secteurs où ils manquent cruellement suite aux extractions de granulats en lit mineur du siècle dernier. Mais ce transport reste limité, la plupart de ces matériaux ont malheureusement été interceptés par les seuils et barrages hydroélectriques.

Par ailleurs, l’accumulation de matériaux dans certains replats, notamment dans le secteur de montagne nécessite la gestion mécanique de ces dépôts afin de limiter les risques lors d’éventuelles nouvelles crues (Photo 6).

Trop de matériaux en montagne et manque en plaine par stockage par les seuils et barrages illustrent bien le dysfonctionnement du fleuve.

Mais sur les secteurs où les matériaux se sont déposés (Photo 7), ce transport est bénéfique pour constituer de nouvelles zones humides : la création de nouveaux atterrissements5 et de nouvelles plages, le « décapage » des boisements ou le dépôt de sables permet ainsi l’arrivée de nouveaux habitats ou le « rajeunissement » de certains. Ces nouvelles zones humides rempliront alors les nombreuses fonctions indispensables au fleuve et à l’Homme.

La nappe alluviale de Garonne a aussi pu être rechargée par les eaux de crues qui se sont infiltrées lors des débordements. Ce stockage de l’eau dans la nappe et dans les sols inondés est alors un véritable soutient à l’étiage puisque ces eaux sont restituées par lent écoulement, permettant ainsi un niveau d’étiage moins critique que les années sans crues.

Le rôle bénéfique des boisements alluviaux

Lors des crues importantes comme celle de juin dernier, de nombreux matériaux flottants (arbres, déchets…) sont transportés et leur accumulation est une menace pour les infrastructures routières comme les ponts.

Même s’ils en sont les premiers fournisseurs, les ripisylves et boisements inondés permettent de « peigner » ces matériaux charriés qui se retrouvent bloqués dans les troncs (photo 8).

Photo 8 : Effet de peigne dans un boisement alluvial

Photo 8 : Effet de peigne dans un boisement alluvial

De plus, les forêts alluviales permettent d’affaiblir la force du courant : les frottements de l’eau sur les troncs dissipent l’énergie de la crue, le courant ainsi ralenti diminue les risques pour les secteurs situés à l’aval.

Mais le retrait de ces embâcles, lorsqu’ils sont de tailles importantes et qu’ils sont menaçants pour des infrastructures situées à l’aval immédiat, doit être envisagé afin de limiter le risque de transport lors d’une nouvelle crue.

Ainsi, la présence des forêts alluviales est indispensable pour lutter contre les crues. Leur disparition serait probablement source d’importantes conséquences comme la destruction de ponts par les objets flottés, d’importantes érosions par une force du courant accrue, voir le déplacement du lit principal.

Et après ?

Après la remise en état, les réparations d’urgence, reste les énormes quantités de déchets qui se sont éparpillés sur les berges, dans les boisements : qui nettoie ? L’Etat ? Les collectivités locales ? Des bénévoles ?

La gestion des plus gros embâcles doit aussi être envisagée, même si certains doivent être conservés comme élément de l’écosystème fluvial, pour accueillir la faune de Garonne qui affectionne ces milieux.

Mais surtout, il est important de garder à l’esprit que protéger l’écosystème fluvial dans sa globalité est bénéfique à tous : lutte contre les inondations certes, mais aussi fourniture d’eau potable, d’eau pour les activités agricoles, secteurs récréatifs et marqueurs du paysage, accueil de la faune sauvage…

Il est donc temps d’opter pour des solutions durables afin d’accompagner l’écosystème : préservons les milieux aquatiques et les zones humides qui le composent et accordons au fleuve un espace de mobilité au sein duquel il viendra s’épancher en cas de crue, sans causer, tous les 20 ans, de couteux dégâts.

  1. Données issues de la banque hydro de la DREAL Midi-Pyrénées []
  2. Etiage : Basses eaux durant l’été []
  3. Hydromorphologie : étude scientifique des reliefs et des processus façonnés par l’eau []
  4. Aval : Côté vers lequel descend un cours d’eau (la vallée) / Amont : Côté d’où vient un cours d’eau (la montagne) []
  5. Atterrissements : Dépôts de galets dans le lit du fleuve []