Rôle et conséquence de la crue de la Garonne du 25 et 26 janvier 2014

1

Les 25 et 26 janvier 2014, une crue de Garonne a submergé de nombreuses zones inondables. Ainsi, la plupart des sites gérés via la CATeZH Garonne ou directement par Nature Midi-Pyrénées ont été inondés. Quelques exemples illustrés et commentés des effets de cette crue sont présentés dans cet article suite aux observations du technicien et des chargés de missions zones humides de Nature Midi-Pyrénées.

D’après les hauteurs d’eau relevées sur la station de Verdun sur Garonne, l’intensité de la crue se situe entre la décennale du 25 janvier 2004 et la trentenale du 11 juin 2000. La hauteur d’eau maximale se situe dans la nuit du samedi 25 à 5,91m vers 22h30, à comparer avec les 5,64m de 2004 et 6,3m en 2000.

Les relevés de la station de mesure de Verdun-sur-Garonne affichent un débit moyen journalier de 2882 m3/s le 26 janvier 2014, ce qui correspond à une crue vicennale (période de retour de 20 ans).

D’importants dépôts de sables et limons

Sur tous les sites de bord de Garonne qui ont été inondés durant plusieurs heures on observe des dépôts de limons important, de 5 à 20 cm d’épaisseur par endroit. Ces dépôts ont été observés dans les boisements alluviaux mais aussi sur de nombreuses parcelles agricoles situées en zone inondable.

Sur les atterrissements, certaines plages et sur des secteurs de ralentissement du courant, des dépôts de sables ont pu être observés, certains de ces dépôts pouvant atteindre 1m…

Des laisses de crues bien visibles

Par endroit, les laissées de crues sont bien visibles ; elles sont composées de feuilles et de brindilles, et de nombreux déchets anthropiques comme les sacs plastiques.

Ces laisses de crue sont de bons marqueurs visuels de la hauteur d’eau atteinte sur un secteur, la plupart disparaîtrons progressivement par l’action de la pluie et du vent.

En aval de certains champs, les fanes de maïs laissées sur place après exploitation ont été charriées et déposées à l’aval, parfois dans des boisements alluviaux…

La remobilisation d’atterrissements et d’îlots

La force déployée par cette crue a permis la remobilisation de certains dépôts de galets et même d’îles végétalisées.

Le comparatif suivant d’un îlot de Saint Caprais montre que la majeure partie de ce secteur a été remobilisé. L’intégralité des arbres (majorité de peupliers noirs qui atteignaient plus de 15 m) de la partie boisée d’environ 1 hectare a disparu.

Ce phénomène naturel permet ainsi un rajeunissement des annexes fluviales de Garonne par le dépôt des galets mobilisés plus à l’aval et la colonisation de ces dépôts par une végétation pionnière.

Impact et rôle bénéfique des boisements

L’intensité du courant a été forte durant les deux jours de la montée des eaux. L’action de l’eau est visible notamment sur les boisements proches du lit mineur du fleuve. Le long des berges ou sur les atterrissements, les jeunes peupliers ont été couchés par le courant ou arrachés.

Ce courant a aussi déplacé d’importantes quantités de bois qui se sont localement déposées et ont formés des embâcles. Ceci illustre bien le rôle bénéfique des boisements alluviaux qui « peigne » ces troncs et branches, le stockage de ces bois évite donc leur accumulation plus à l’aval avec un risque pour les infrastructures humaines.

Des impacts sur les infrastructures… parfois surprenants

Sur les sites aménagés pour l’accueil du public, quelques dégâts sont à déplorer sur le mobilier : déplacement d’une table de pique-nique au Ramier et détérioration des murs observatoire au Ramier et à Port haut.
Les chemins d’accès aux sites ont eux aussi souffert: le passage à gué du Ramier a été emporté, et le chemin menant aux alluvions de la Save fortement endommagé.

Sur ces secteurs la Garonne a reconnecté d’anciens chenaux de crues ou des bras-morts, ce phénomène naturel est donc à prendre en compte pour la gestion des sites et des accès. Ainsi, au ramier de Bigorre le passage à gué sera rabaissé afin de permettre une meilleure circulation de l’eau lors des crues et ainsi de limiter les dégâts et de futurs réparations. Créé lors des extractions, ce passage busé surélevé retrouve aujourd’hui une hauteur naturelle compatible avec la fonctionnalité du bras.

Dans le Tarn-et-Garonne, des routes proches de ponts sur la Garonne ont été coupées. En effet l’eau par débordement a traversé les routes et a créé des effondrements par érosion régressive.

Sur le site du bras-mort de l’Espinassié à Bourret et Montech, ce phénomène est la conséquence de la proximité de la gravière. La totalité du site de l’Espinassié a été inondé et la Garonne a débordé par-dessus la route. La chute d’eau de la Garonne dans la gravière, dont le niveau d’eau était plus bas, a ainsi créé un phénomène d’érosion régressive. Les courants au niveau de la chute ont ainsi grignoté le talus en reculant jusqu’à déchausser la route.

Cet événement et les crues de 2013 montrent bien que l’impact de cette crue sur la route n’a pas de lien avec les enrochements de Garonne, et ceci pour plusieurs raisons :

  • Créés dans les années 60 pour détourner la Garonne, les enrochements n’ont pas pour rôle de protéger la route et ne protègent que le boisement lors de crues de faible ou moyenne amplitude (comme en janvier et juin 2013) ;
  • Ces enrochements ne font pas « digue » et n’ont pas pour rôle d’empêcher la submersion du boisement alluvial et de la route lors de crues majeurs comme celle de janvier 2014 ;
  • L’importante distance entre la route et ces enrochements confère à cette zone un rôle tampon et de dissipation de l’énergie de Garonne.

Ce même phénomène a aussi été constaté dans le secteur de l’abbaye de Belleperche. Ici, la route est rehaussée et fait «digue», sa submersion et la chute d’eau à l’aval a ainsi érodé les secteurs les plus fragiles.

Ces observations entraînent plusieurs réflexions sur l’inutilité de certains enrochements pour la protection d’enjeux humains et sur la place des gravières dans les zones d’inondations de Garonne…

Les érosions sur les berges concaves sont notables

En rive gauche, à l’aval du site de la nautique à Grenade, la berge pentue a une longueur de plusieurs centaines de mètres. Après la dernière crue importante de 2004, la berge s’était reboisée et ne permettait plus d’érosion conséquente. La force du courant a permis lors de cette dernière crue l’arrachage des arbres (de 10 ans d’âge) et l’effondrement de la berge sur plusieurs zones. La largeur d’érosion varie d’un ou deux mètres sur la zone de la rive amont, à environ 8 mètres sur la zone la plus basse à l’aval.

Cette érosion a aussi été accentuée par les retours d’eau à la Garonne au niveau des secteurs les plus bas.

Conclusion
Sortie de terrain avec des partenaires de la CATeZH Garonne suite aux crues

Sortie de terrain avec des partenaires de la CATeZH Garonne suite aux crues

Cette crue de période de retour de 20 ans, qui fait suite aux crues de 2013 et notamment à la crue de la Garonne amont du 19 juin, a donc eu un impact important sur les milieux.

Cette crue a eu des impacts dommageables pour l’homme (habitation et champs inondés) … lorsqu’il est installé en zone inondable alors que ces impacts sont positifs pour le fonctionnement des milieux naturels.

Un des enseignements majeurs de cette crue est illustré à Bourret et Belleperche, les impacts de la crue ne viennent pas seulement de la crue elle-même, mais aussi, et surtout, de la place de l’homme et de ses modifications du milieu naturel. L’installation de gravières ou la construction de digues pour les routes est peut-être nécessaire, mais a aussi un impact sur le fonctionnement de la Garonne en crue, avec des conséquences parfois importantes.

Cette crue a aussi montré l’inutilité de certains enrochements pour la protection d’infrastructure humaine.

Enfin, ces crues ont avant tout un rôle bénéfique pour la Garonne, pour l’alimentation, la remobilisation des galets et la création de zones humides… zones humides utiles à l’homme pour le soutien à l’étiage, l’épuration de l’eau, leur rôle de piège à sédiments et de peigne ou encore pour accueillir une faune et flore dont nous avons aussi besoin.

Il est aujourd’hui intéressant de suivre l’évolution des milieux impactés par la crue (recolonisation des plages de galets, des bancs de sables, des sous-bois…), colonisation par les espèces exotiques invasives…