Les zones humides, de quoi parle-t-on ?

Depuis la prise de conscience de préservation des zones humides dans les années 1980, les notions de « zones humides », de « marais » et de « milieux humides », ont été mises en avant dans les nombreux projets et débats. L’expression « zones humides », traduite de l’anglais wetland est apparue en France dans les années 1970. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Outre un certain degré de connaissance sur le sujet, le choix et l’utilisation de ces notions reflète une représentation sociale, une vision thématique ou en résulte plusieurs définitions (juridique, écologique, sociale …).

 

Sociologiquement, les zones humides sont des milieux souffrant d’une perception négative et d’une « peur de la Nature[1] » car elles sont en perpétuel mouvement et géographiquement indéfinies[2]. Une étude réalisée en 2012[3], montre qu’il existe aujourd’hui deux grandes représentations sociales, liées à deux groupes sociaux distincts : les personnes vivant « dans » les zones humides et les personnes vivant « hors » des zones humides. Le premier groupe vivant in-situ perçoit les zones humides comme un territoire « global », emprunt à des dimensions sociales, paysagères, écologiques, fonctionnelles … Les personnes vivant ex-situ perçoivent ces milieux comme un patrimoine naturel à préserver et évincent l’aspect ressource/usage local des zones humides.

 

Dans une approche juridique, l’expression « zones humides » est clairement définie par le code de l’environnement : « terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire; la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année » (Art. L.211-1). Au titre de la loi sur l’eau, la notion de « marais » est distincte de la notion de « zones humides ». Une jurisprudence démontre qu’un projet ne remplissant pas les critères de sol et de végétation, peut être qualifié de « marais » lorsque les parcelles s’intègrent dans un espace protégé portant le nom de marais : marais Poitevin et de Rochefort principalement.

Actuellement aucun texte ne définit juridiquement la notion de « milieux humides ». Elle est souvent utilisée pour désigner les espaces définit par la convention de RAMSAR[4]. Cette définition, plus large, englobe une large gamme d’écosystèmes ayant pour caractéristique commune de posséder une dynamique écologique liée à la présence de l’eau dans les sols (notamment certains milieux souterrains, marins ou encore les cours d’eau).

 

En 1991, un groupe de réflexion s’est constitué sous la direction du Muséum national d’histoire naturelle pour donner une définition scientifique d’une « zone humide » : « Les zones humides se caractérisent par la présence, permanente ou temporaire, en surface ou à faible profondeur dans le sol, d’eau disponible douce, saumâtre ou salée. Souvent en position d’interface, de transition, entre milieux terrestres et milieux aquatiques proprement dits, elles se distinguent par une faible profondeur d’eau, des sols hydromorphes ou non évolués, et/ou une végétation dominante composée de plantes hygrophiles au moins une partie de l’année. Enfin elles nourrissent et/ou abritent de façon continue ou momentanée des espèces animales inféodées à ces espaces ».

 

Actuellement, quel que soit l’approche utilisée, le terme de « zones humides » est le plus souvent utilisé et sa définition par le code de l’environnement (Art. L.211-1) en est la référence. Les recherches scientifiques et les retours d’expériences apportent de nouvelles composantes aux zones humides et interrogent constamment cette définition. Par exemple, l’intégration de typologie fonctionnelle des zones humides modifie la perception géographique et hydrologique de ces milieux (figure 1).

Les politiques publiques et la réglementation doivent prendre en compte ces évolutions, pour une meilleure protection et intégration des zones humides dans l’aménagement territorial.

 

[1] « La peur de la nature » selon F. Terrasson

[2] GOELDNER-GIANELLA L., (2016), Usages et représentations sociales des zones humides, in Colloque national, Réparer la nature. L’exemple des milieux humides, Brest, 3 et 4 février 2016

[3] SAIDI, M.-R., 2012, La représentation sociales des zones humides, MEDDE, 176 p.

[4] https://www.ramsar.org/fr/a-propos/la-convention-de-ramsar-et-sa-mission